Ceci n’est pas une piscine à vagues!

" A l’inverse d’une vague créee par l’homme, bien planifiée au millimètre près, Le Serpent défie toute logique. "
Mick Fanning a accompli beaucoup de choses dans sa vie. Il a surfé sur de la dalle irlandaise, chevauché les icebergs en Alaska, gagné des titres de Champion du Monde et passé des mois sur le Search à travers le globe. Mais il n’avait jamais vécu une expérience similaire.
Surfer une vague totalement inconnue dans un pays encore plus inconnu a été une véritable expérience pour Mick Fanning. Et alors qu’il attendait assis sur le sable que le soleil se lève pour illuminer cette vague si bruyante, la tension était palpable.
Et enfin il la découvrit. Ladies & gentlemen, il se dit ..." Ca, ce n’est pas une piscine à vagues… C’est Le Serpent."
Ca ne ressemble à rien d’autre, ce que l’on peut ressentir quand on se jette à l’eau tout seul dans un endroit vierge de toute visite de surfeur (en tout cas de visites accompagnées d’archives…). Je m’assois où ? Sur quoi je démarre ? Et comme déjà au départ me suis-je retrouvé ici ??
Trouver sa place lui a pris un certain temps... Quelques vagues ratées, quelques tubes timides… Mais une fois qu’il a compris le truc, Mick est parti sur un rythme que rien n’aurait pu arrêter.
On dit qu’il faut beaucoup pratiquer pour atteindre la perfection, et Mick ce jour n’a pas gaspillé une minute d’entrainement.
Quand tu as vu la piscine de Kelly Slater pour la première fois, as-tu pensé : mon dieu, ça a l’air super rapide ? Et bien c’est la même chose multipliée par 12. C’est ce que tu constaterais face à face avec le Serpent.
Très peu de personnes dans le monde ont la vitesse, la finesse, la force et le talent de surfer cette vague. Mais par chance, on avait l’un d’entre eux. Devine qui ?
Des tubes pour le petit dej, une sieste, des tubes au gôuter…
Le visage d’un homme heureux au milieu de la session de sa vie. Et comme nous le savons… MF en a eu quelques bonnes ces dernières années.
Alors Mick c’était bien ? Mick a analysé toutes ses sessions grâce à SearchGPS, mais par peur de mettre à jour l’endroit en question, il garde tous ses résultats privés…
Après des heures dans l’eau, Mick, exténué, restait au sec au moment où le soleil tapait le plus violemment. Le temps de sécher sa planche, manger rapidement et faire une petite sieste.
Mais sachant ce qui l’attendait juste à quelques mètres, la sieste de MF était de courte durée.
La session de l’après-midi fut aussi parfaite que celle du matin. Mick n’avait pas seulement trouvé son rythme avec l’océan, mais il se mettait à le challenger. A coup de late take off et de tubes de plus en plus profonds.
Il apprivoisait Le Serpent du meilleur angle pour le tenir à l’oeil.
On nous fit comprendre, en plus, que ce n’était même pas un SUPER jour pour Le Serpent. C’était juste un jour comme les autres… Un jour de plus où il surgissait de sa cachette clandestine, le sable…
“ Au line-up, tu ne scrutes pas l’horizon à la recherche d’une série, tu regardes derrière pour voir ce que tu as raté. "
A base d’énergie cinétique, qui alimente la vague de masses d’eau, la faisant tourner sur elle-même pour s’écraser sur le sable au-dessous. Ce n’est pas une vague ordinaire, c’est une toute nouvelle espèce.
“ Le take off, c’est le plus facile...” explique Mick.
“... mais rester dessus, c’est une autre histoire ! ”
C’est la véritable nature du Serpent. Imprévisible. Tout vous arrive dessus d’angles très étranges. Mais il n’empêche que c’est parfait quand-même.
Non, ce n’est pas une piscine à vague. C’est la vraie vie, c’est Le Serpent !

Si je te dis qu’il existe une droite longue de 5 km, qui déroule sur du sable à 20 m de la plage, parfaite quand elle fait 6 pieds et qui n’a été surfée que par 4 personnes dans le monde ? Tu me croirais ?

Et si Mr « Mick Fanning je prends une année sabbatique du World Tour » était l’un d’entre eux ? Et qu’il vous raconte comment cette vague lui a botté le cul et l’a transformé en pilote de Formule 1 dévalant un line-up sans fin ?

“ Un pote m’a montré un petit clip de cette vague et j’ai senti qu’elle était juste dingue. ” nous explique Mick pour comprendre comment tout a commencé. Il était là, « Hé Mick, regarde ça… J’ai trouvé cette vague et j’ai vraiment envie que tu viennes la surfer avec moi, mais j’ai trop peur que ça se sache ». Je savais qu’il n’allait pas tout dévoiler facilement. Il voulait aussi continuer à la surfer seul avec ses 3 potes. J’ai mis du temps à le convaincre mais pour finir il nous a fait confiance et rapidement le trip a pris forme.

… c’était parfait pour moi à ce moment de ma vie, parce qu’en ce moment j’essaie de trouver des endroits où aller surfer dont je ne connais même pas l’existence. » – MF

S’en suivi quelques jours de panique. On a menti comme des Judas sur notre destination en disant à tous nos proches qu’on allait « somewhere », le plus loin possible de la destination finale.
“ J’ai annulé un paquet de meeting ” dit Mick,  » et pas mal de rendez-vous se sont faits en mon absence, mais au final je n’aurais rien changé, c’était parfait pour moi à ce moment de ma vie, parce qu’en ce moment j’essaie de trouver des endroits où aller surfer dont je ne connais même pas l’existence .”

L’avant voyage a été très très excitant. Cela me faisait penser à Bali à l’époque où le Tube Bar et le Club Sari étaient les points de rencontre des surfeurs, quand ils rentraient de lointains récifs, les yeux écarquillés et le corps endoloris par de longues sessions de rame, prêts à se détendre et raconter leurs récits. Une période où, mis à part si tu faisais vraiment confiance à quelqu’un, tu ne disais jamais où tu avais surfé et tu gardais toujours des détails croustillants pour toi-même. Je ne sais pas si cette tradition s’est perdue dans la surf culture mais je serais le premier à l’encourager.

Les mêmes genres de secret étaient tenus par notre ami qui ne donnait que le strict minimum d’infos sur l’expédition à venir. Au moment de se retrouver à l’aéroport pour notre premier vol, nous étions toujours en pleine énigme concernant le spot. En fait, nous nous imaginions déjà au dernier point de ravitaillement existant, rencontrer un groupe d’inconnus qui nous conduiraient à des kilomètres de là.

“ C’est fantastique de découvrir une vague inconnue, j’adore ce sentiment ” said Mick.

Et on avait raison. On n’avait pas les yeux bandés mais on s’est laissé guider quand-même.

“ C’est fantastique de découvrir une vague inconnue, j’adore ce sentiment ”. Explique Mick. « J’ai prévenu mon pote : ne me dis pas où on se trouve parce que j’aurais envie de me repérer sur une carte et je ne veux pas être tenté. Quand j’ai enfin compris où on se trouvait, je me suis dit « C’est dingue, je n’aurais jamais imaginé des vagues comme ça dans cette partie du monde ! « .

Même si la mission s’est passée en toute clandestinité, cette vague (ou plutôt cette sorte de cobra avec son sifflement) a bien un nom et il est très approprié.

Le Serpent.

Le Serpent ne déroule pas le long du littoral. Il te glisse dessus sous forme d’un nombre infini de lignes parallèles, alors que la lèvre s’enroule et se déroule à une vitesse vertigineuse, la queue ne rattrapant jamais la tête. Au line-up, tu ne scrutes pas l’horizon à la recherche d’une série, tu regardes derrière toi en permanence pour voir ce qui vient déjà de débouler.

“ Surfer tout seul a été difficile car je n’avais pas de repères comme quand tu es avec d’autres surfeurs dans le line-up.  » explique Mick. Généralement, tu as 1000 gars à Snapper et tu les vois se positionner sur les séries qui se succèdent. J’ai manqué des vagues en me mettant trop près de la plage, je me suis senti comme un total débutant par moments. »

Le Serpent s’enroule près du bord et chaque vague dégage une énorme quantité d’eau, laquelle est vite aspirée vers l’arrière du line-up. Cela se convertit en énergie cinétique qui n’a nulle part où aller, mis à part sur la surface de la lèvre qu’elle rabat violemment dessous, sur le sable.

Le take-off est facile, mais garder le rythme l’est beaucoup moins… Dés l’aube, le surfeur le plus rapide du monde s’est trouvé challengé et mis à rude épreuve, ratant ses trois premières vagues. « J’ai vraiment flippé au début », dit Mick. « J’ai speedé down the line le pied sur la pédale de vitesse et je n’arrivais pas à passer les sections ! Et puis j’ai enfin trouvé le truc en survolant les mousses le plus possible et retrouvant la section avec un bon appui sur le bottom pour repartir à fond direct. »

De l’endroit où l’on se mettait à l’eau (le premier qu’on avait choisi un peu au hasard dès le début), il reste à peu près 5 km jusqu’au bout du line-up. Plus haut en amont il y a encore plein de sections, de tubes remplis du sable dragué par la puissance du moteur… Cette vague est tellement longue que le cameraman n’a pas réussi à en filmer une du début à la fin…

“ Je voulais prendre chaque vague, j’avais tellement d’adrénaline que c’était dur de voir passer ces espèces de tunnels sans fin sous mon nez ” continue Mick. « J’attendais patiemment les bombes, je ne voulais pas en manquer une, surtout vu le voyage que l’on a fait pour arriver jusque là.  »

Et justement, concernant la toute première bombe ?

“ Je ne l’oublierai jamais ” dit-il.  » A la suite de quoi, je repartais en courant vers le haut du spot et il y avait ce local accroupi qui me faisait un Hang Five. Je trouvais ça super sympa jusqu’à ce que je réalise qu’il était en train de faire ses gros besoins quotidiens…  »

Il y a toujours plus qu’une seule sorte de serpent dont il faut se méfier dans ce bas monde…

 

 

Après une session de cinq heures, bercée à mort par les puces de mer rampant dans le ventre sablonneux du reptile, Mick ne décrochait plus. Et bien que tenté par  » pourquoi pas des tubes en guise de déjeuner « , sa santé mentale a prévalue. D’abord un bon déjeuner et ensuite une bonne sieste de 2 heures avant de repartir rejoindre Le Serpent.

Dans l’après-midi, le soleil a commencé à vraiment bruler et les vagues sont passées d’un vert turquoise à un marron sablonneux, mais le célèbre membre du Kirra Surf Club commençait à bien sentir le truc et voulait très fort ce nouveau challenge.

“ Il faut qu’on remonte en haut de la pointe  » dit-il, hystérique après sa toute première vague de la session, qui déjà faisait à peu près 200 mètres de long avec trois tubes à la clé.

“ Mais pourquoi ? ” je lui criais alors qu’il me passait devant en courant.  » Celle-là avait l’air pas mal non ?  »
“ Un peu trop facile ! ” crie-t-il. « On n’est pas venu ici pour ce genre de vagues. On va remonter là où ça fracasse ! » Et ça résume à peu près comment Mick a réussi à charmer Le Serpent.

En revanche, perso, je ne pouvais pas la surfer du tout. Se rendre sur place au côté de Mick (crapahutant nerveusement jusque là), je pensais vraiment que j’allais vivre l’expérience surfistique de ma vie. Bien sûr, j’en ai eu une ou deux au début mais je me suis vite fait dépasser en exécutant une sorte de roller back hand pourri qui m’a violemment envoyé bouler la tête la première dans le sable. Un bon cycle de rinçage en mode puissance maximum.

“ Il n’y a à peu près que cinq goofies dans le monde qui pourraient surfer cette vague. Il faut être un super tube rider pour en apprécier son potentiel. Tu dois réussir à avoir la vision dès l’intérieur du tube et décider de mettre le gâteau dans le four au bon moment. Donc, après une ou deux j’ai pensé, ok, peut-être que c’est juste un petit peu rapide pour moi…  »

Même pour lui ? Au début, je me posais discrètement la question… Wow…

 

 

Contrairement à une vague artificielle conçue par l’homme au millimètre près, Le Serpent défie toute logique….

Absolument tout de cette vague arrive bizarrement. Les jours de plat, on ne se rend pas du tout compte de ce qu’elle peut devenir.

Dans ce vieux jardin d’Eden, la pomme est un pur produit de la marée, du vent et des tempêtes qui proviennent de milliers de kilomètres à la ronde.

C’est ce que j’adore chez Mère Nature et le rôle qu’elle joue à l’époque et l’âge des vagues parfaites créées par des machines connectées 24h / 24h. Une époque où le clip d’une fille surfant un longboard avec son chien, trainés par un bateau à moteur, peut ramasser 1,5 millions de vues et likes et partages et tout le reste…

Ceci n’est pas une piscine à vague ! C’est le vrai monde, c’est Le Serpent !

Reste connecté, bientôt de nouvelles surprises et d’autres aventures…